Le sombre anniversaire du meurtre brutal de Matthew Shepard à Laramie, dans le Wyoming, a jeté une ombre poignante sur la communauté LGBTQ et sur le metteur en scène Moisés Kaufman. En tant que fondateur et directeur artistique du Tectonic Theater Project, basé à New York, Kaufman a passé 25 ans à s’interroger sur la vie que Shepard aurait pu mener.
« Chaque année, à cette période, c’est douloureux de se souvenir, mais celle-ci a été particulièrement difficile », a confié Kaufman. Après la mort tragique de Shepard en 1998, Kaufman et son équipe se sont rendus à Laramie, menant plus de 200 entretiens pour créer « The Laramie Project ». Cette pièce novatrice mêle de véritables articles de presse et des acteurs incarnant divers habitants de Laramie, notamment des amis, des membres de la famille, des policiers et même les meurtriers.
« The Laramie Project » trouve un écho dans le monde entier
« The Laramie Project » a franchi les frontières et les barrières linguistiques, étant jouée dans plus de 20 pays et traduite dans plus de 13 langues. Elle figure parmi les 10 pièces les plus licenciées aux États-Unis. Kaufman attribue sa pertinence durable au fait qu’elle ne se concentre pas uniquement sur Matthew Shepard, mais sur la ville de Laramie elle-même.
« Précisément parce qu’il ne s’agissait pas de Matthew Shepard, précisément parce qu’il s’agissait de la ville de Laramie, c’est pour cela que la pièce continue de résonner », souligne Kaufman. Cependant, il déplore que les crimes haineux, y compris ceux visant des personnes LGBTQ, restent très présents aux États-Unis.
Face à la résistance et aux interdictions
Malgré sa renommée internationale, « The Laramie Project » a rencontré de la résistance, en particulier de la part de districts scolaires conservateurs. Cette année, la pièce risque d’être bannie des scènes en Floride en raison de la controversée loi « Don’t Say Gay ». Kaufman dit craindre que la censure scolaire, notamment autour de contenus à thème LGBTQ, soit en hausse dans tout le pays.
Dans une décision alarmante, le conseil de l’éducation de Lansing, au Kansas, a voté le retrait du texte de « The Laramie Project » du programme scolaire. Kaufman reste néanmoins inspiré par les élèves qui continuent à jouer la pièce malgré ces obstacles, les qualifiant d’artistes-activistes. Il estime que l’art le plus marquant naît de l’intersection des récits personnels et politiques, et « The Laramie Project » constitue un puissant témoignage de cette conviction.
Dans un monde qui continue de faire face aux crimes haineux et à la discrimination, « The Laramie Project » rappelle durablement la nécessité de la tolérance, de la compréhension et du progrès des droits LGBTQ.







Commentaires (0)
Rejoindre la conversation